Des incendies du monde à nos feux intérieurs : une invitation à réapprendre à vivre avec la Terre sans l’épuiser… et sans mettre notre propre vie en danger
Cet été encore, les images se ressemblent et pourtant, je ne parviens pas à m’y habituer.
Des forêts brûlent. Des habitants quittent leur maison, des animaux fuient et des pompiers luttent pendant des jours. De l’Europe au Canada, de la Russie à l’Indonésie, le feu menace des vies et répand ses fumées au-delà des frontières.
En Belgique aussi, les Hautes Fagnes ont brûlé.
Tout à coup, la catastrophe lointaine s’est rapprochée. Le feu était ici, sur une terre que nous pensions peut-être protégée.
Avant d’en chercher le sens, je tiens à m’arrêter devant la réalité humaine de ces incendies. Des femmes et des hommes ont perdu leur maison, leurs terres, leurs animaux ou parfois un être cher. Des personnes évacuées ignorent ce qu’elles retrouveront. Pompiers, secouristes, agriculteurs et volontaires affrontent l’épuisement et le danger pour protéger des vies. Et tout un monde animal et végétal ne peut ni fuir assez vite ni raconter ce qu’il a perdu.
Aucune lecture symbolique ne doit effacer cette souffrance réelle. Elle ne peut venir qu’après l’avoir reconnue et respectée.
Il s’agit d’une catastrophe touchant à la fois les êtres humains, les animaux et les écosystèmes.
Quelques repères pour regarder la réalité en face

Au 26 août 2026, environ 632 000 hectares avaient brûlé dans l’Union européenne depuis le début de l’année, soit presque deux fois la moyenne des vingt dernières années à la même date. En Belgique, l’incendie des Hautes Fagnes a parcouru environ 3 000 hectares. Les fumées des incendies d’Amérique du Nord, de Russie et d’Indonésie ont voyagé bien au-delà des territoires touchés.
Alors, en regardant ces images, une question s’est imposée à moi :
Quand la Terre brûle, que cherche-t-elle à rendre visible en nous ?
Je ne pose pas cette question pour dire que la Terre nous punirait. La Nature ne juge pas. Elle ne se venge pas.
La Terre ne se venge pas. Elle réagit. Non par intention, mais selon les lois physiques et biologiques du vivant : lorsqu’un équilibre est profondément perturbé, ses conséquences finissent par apparaître.
Peut-être la Nature nous offre-t-elle aussi un miroir pour penser notre manière d’être et de vivre.
Quand les arbres nous nourrissaient
En observant aujourd’hui ces forêts dévorées par les flammes, je repense à mon enfance à l’île Maurice.

À cette époque, pour survivre et nous nourrir, nous allions cueillir les fruits directement sur les arbres. J’attendais avec impatience que les mangues, les goyaves et les papayes soient suffisamment mûres pour les cueillir.
Il fallait attendre.
Nous ne pouvions pas obliger une mangue à mûrir plus vite. Il fallait observer et reconnaître le bon moment. La Nature avait son rythme et nous devions nous y adapter.
Dans mon regard d’enfant, les arbres étaient sacrés. Ils représentaient notre première source de nourriture. Lorsqu’il faisait trop chaud, nous mettions notre dos contre leur tronc pour chercher un peu d’ombre et nous abriter du soleil.
L’arbre nous nourrissait et nous protégeait. Nous savions, très concrètement, que notre vie dépendait de lui.
Aujourd’hui encore, je retrouve presque la chaleur de cette terre, l’odeur des fruits mûrs et la sensation du tronc contre mon dos.
À quel moment avons-nous oublié que les arbres ne sont pas seulement des éléments du paysage ?
Un arbre n’est pas un décor. Il nourrit, protège, rafraîchit et abrite. Quand une forêt brûle, tout un monde vivant perd une partie de son équilibre.
De la Terre qui nourrit à la table qui rassemble
Bien des années plus tard, ce lien a continué autrement. Pendant plus de vingt ans, mes tables d’hôtes et mon activité de traiteur créole m’ont permis d’accueillir, de rassembler et de nourrir les autres.
Derrière chaque plat, il y avait la même origine : une terre, une graine, un fruit, une épice, un travail humain et, enfin, le feu qui transforme les aliments.
Cuisiner m’a appris que nous ne fabriquons pas la nourriture à partir de rien. Nous transformons ce que la Terre nous confie.
J’ai clôturé cette activité en janvier 2026, mais elle m’a laissé cette conscience : nourrir quelqu’un, c’est participer à une chaîne du vivant dont nous dépendons tous.
La Terre est-elle en burn-out ?

Mon expérience d’infirmière m’a appris que le corps commence souvent par murmurer avant de crier.
Il envoie des signes : fatigue, tension, douleur, sommeil qui ne répare plus. Nous pensons que cela passera. Mais s’il n’est pas entendu, le corps doit parfois parler plus fort, jusqu’à l’effondrement.
C’est cela qui m’amène aujourd’hui à penser au burn-out de la Terre.
Je n’emploie évidemment pas le mot burn-out comme un diagnostic appliqué à la planète, mais comme une analogie pour nous aider à reconnaître les signes d’un système vivant auquel nous demandons plus qu’il ne peut régénérer.
Une personne en burn-out ne s’écroule pas parce qu’elle est faible. Elle a souvent dépassé ses limites jusqu’au moment où ses ressources n’ont plus permis de continuer.
La Terre ne vit-elle pas, d’une certaine manière, un épuisement comparable ?
Nous lui demandons de produire toujours davantage. Nous puisons dans ses sols, ses forêts, ses océans et ses réserves d’eau, puis nous lui demandons encore d’absorber nos déchets. Lorsque les sols s’appauvrissent, que l’eau manque et que les forêts s’assèchent, une étincelle peut suffire à déclencher un désastre.
Les incendies ont des causes concrètes : foudre, accident, imprudence ou acte volontaire. Le changement climatique n’allume pas chaque feu, mais chaleur, sécheresse et vent préparent un terrain où il peut se propager plus rapidement.
Le burn-out ne signifie pas que le corps se venge. Il signifie qu’il ne peut plus continuer à fonctionner comme avant.
Peut-être devons-nous regarder la Terre de la même manière.
Ce qui est dehors peut nous aider à regarder ce qui est dedans
Depuis des années, les 22 images du Tarot m’apprennent à regarder autrement ce qui se présente à nous. Non pour prédire l’avenir, mais pour rendre visible ce que nous ne percevons pas encore clairement.
C’est cela, pour moi, la Lecture Initiatique : observer ce que la vie place devant nous, nous questionner, puis chercher ce que l’expérience peut nous apprendre.
La Nature est notre premier maître. Elle nous enseigne les cycles, la patience, les limites, l’équilibre, la transformation et la régénération.
Respectons-nous ces cycles ? Savons-nous attendre et nous arrêter avant l’épuisement ? Quels feux laissons-nous brûler en nous : colère, impatience, avidité ou peur ?
La Nature nous offre un miroir pour penser notre propre manière d’être et de vivre.
Nos émotions ne provoquent évidemment pas les incendies. Mais ce qui se passe dehors peut nous aider à regarder ce qui se passe dedans.
Le feu extérieur peut éclairer ce que nous ne regardions plus à l’intérieur.
Quel feu voulons-nous nourrir ?
Dans notre corps aussi, l’oxygène permet aux cellules de produire l’énergie et la chaleur indispensables à la vie. Le feu devient alors une image de cette énergie intérieure : contenue et orientée, elle nous anime ; incontrôlée, elle peut nous consumer.
Il en va de même pour nos feux intérieurs. La colère peut nous détruire ou nous aider à nous défendre. La peur peut nous immobiliser ou nous rendre vigilants. L’indignation peut rester un discours ou conduire à l’engagement. La volonté peut servir à dominer ou à protéger.
Toute la question devient alors : comment transformer le feu qui consume en un feu qui éclaire ?
Comment transformer notre peur en vigilance, notre culpabilité en responsabilité et notre impuissance en un premier geste ?
Nous ne choisissons pas toujours ce qui nous arrive. Mais nous pouvons apprendre à choisir ce que nous allons en faire. Là commence notre liberté.
Quand les frontières humaines s’effacent

Les incendies récents nous ont également montré quelque chose de profondément humain.
Lorsque le feu devient incontrôlable, des pompiers traversent les frontières, des moyens sont partagés et des habitants accueillent les évacués. Des inconnus s’unissent pour protéger des vies.
Le feu ne demande pas la nationalité de la personne qu’il menace. La fumée ne s’arrête pas devant une frontière. Et l’eau versée sur les flammes n’appartient plus à un seul pays : elle devient un bien commun au service du vivant.
Quand les frontières humaines s’effacent, la conscience d’une solidarité s’incarne.
La solidarité n’est plus seulement une valeur proclamée. Elle prend un visage, des bras, des décisions et parfois même des risques. Elle devient vivante.
Face aux incendies, nous découvrons aussi que nous ne sommes pas tous également protégés : les plus fragiles disposent souvent de moins de moyens pour fuir, se reloger et reconstruire leur vie.
Pourquoi attendre que le feu menace nos vies pour nous souvenir que nous sommes interdépendants ? Pourquoi l’entraide née dans l’urgence ne deviendrait-elle pas une manière de vivre ensemble ?
Vivre avec la Terre plutôt que seulement sur elle

Je ne peux pas, à moi seule, éteindre les incendies du monde. Vous non plus. Mais cela ne signifie pas que nous ne pouvons rien faire.
Nous pouvons regarder honnêtement notre manière de vivre. Que consommons-nous machinalement ? Que pourrions-nous réparer, partager ou transmettre plutôt que jeter ? Savons-nous nous reposer, demander de l’aide et recevoir autant que donner ?
Prendre soin de la Terre et de soi ne sont peut-être pas deux démarches séparées. Elles demandent de respecter les rythmes, les limites et ce qui nous maintient en vie.
La conscience grandit lorsque notre compréhension transforme nos actes : un geste, puis un autre, aussi modeste soit-il. Nous ne changerons pas seuls le monde, mais nous pouvons contribuer, à notre niveau, à une meilleure qualité de vie pour nous-mêmes, les autres et le vivant.
Le feu peut-il encore nous éclairer ?
Lorsque la Terre est en burn-out, elle ne nous demande pas seulement de la sauver.
Elle nous invite à devenir enfin des êtres humains assez conscients pour apprendre à vivre avec elle sans l’épuiser – comme nous devons aussi apprendre à vivre avec nous-mêmes sans nous détruire.
Peut-être est-ce cela, grandir en conscience : ne plus attendre l’effondrement du corps pour l’écouter, la forêt en feu pour comprendre sa valeur, ni le danger pour découvrir notre interdépendance.
Je repense alors aux arbres de mon enfance. Comment ils nous permettaient de respirer pour une santé interieure . Ils nous donnaient leurs fruits. Ils nous offraient leur ombre. Ils protégeaient nos corps de la chaleur. Sans longues explications, ils nous enseignaient déjà que notre vie dépendait de la leur.
Le feu qui brûle aujourd’hui peut encore devenir une lumière, s’il nous aide à voir ce que nous devons transformer.
Et vous, qu’est-ce que les incendies du monde viennent rendre visible dans votre propre manière d’être et de vivre ?

Roselyne Marianne
Autrice et formatrice en Lecture Initiatique
Fondatrice de La Voie des 22 et de la Selmour Gallery
Visites initiatiques des 22 Arcanes – Livres – Transmissions


